Saint-Malo – Genève par Jean-Yves

L’hiver et le printemps n’ont guère été propices aux sorties à vélo. Une échappatoire : rêver à un périple à vélo sur plusieurs jours.
Ma fille étant partie aux confins de La France et de La Suisse, pourquoi ne pas lui rendre visite à vélo – La destination est trouvée : Genève que je pourrais rallier en réalisant une Mer Montagne.
Les Mer Montagne sont des activités proposées par la Fédération qui consistent à partir d’un point du littoral vers un sommet prédéterminé des massifs montagneux français- le choix est fait ce sera St Malo / col de La Faucille (1323m) dans le Jura.

L’itinéraire est capital. Il faut en trouver un touristique, hors des grandes villes, sans trop de circulation mais pas trop tortueux sinon la navigation est compliquée (sources d’énervements et de pertes de temps) en intégrant des lieux d’étape possibles. Les hôtels sont regroupés autour des grandes agglomérations mais en campagne ils peuvent être distants de 20/30/40 km !!)

La ligne directe entre St Malo et Genève traverse les régions Bretagne, Pays de Loire, Centre Val de Loire, Bourgogne, Franche Comté pour arriver en Suisse. Après l’établissement de tracés de plus en plus précis, j’arrive à un itinéraire de 980 km avec des étapes de 3 fois 230 km, une fois 200km et une dernière de 90 km.

Départ de Saint-Malo

Après avoir retenue une date : semaine mi Mai entre Ascension et Pentecôte du lundi au vendredi. Il m’a fallu vérifier que je pouvais trouver des hôtels chaque jour (liste de plusieurs points de chute éventuels) et m’assurer sur internet, par téléphone, de leurs disponibilités et horaires. Mon intention était de passer des nuits complètes. Toutes ces recherches sont longues mais c’est déjà le début du voyage.

Autre point crucial: la météo – les prévisions sont mauvaises, pluie (voire orages), vent de Sud Sud/Ouest, températures inférieures aux normales !!!! Il me faut adapter les vêtements de rechange à transporter sur le vélo.
Dans les faits :
2 premières journées grises, bon vent défavorable de Sud (étonnant) qui rafraichit l’atmosphère,
3ème journée grise, fraiche et au sortir du massif du Morvan grosse averse orageuse pendant 1 heure (trempé en 5 minutes),
4ème journée de plus en plus fraîche. A midi je m’abrite de la pluie pour grignoter sous le porche d’une supérette mais en suite je roule 2 heures sous une pluie froide,
5ème jour au départ de St Claude il ne fait que 7° – les 17 km de montée me réchauffent mais je fais la descente du col de La Faucille chaudement habillé avec des gants !!!

C’est sous le soleil que j’arrive à Genève (alors que depuis le départ je ne l’ai vu que 2 fois 10 mn). Bilan : j’ai eu de la chance car j’ai évité de nombreuses averses mais il a fait froid pour un mois de Mai.

Le choix de l’itinéraire fut bon car les routes choisies s’avèrent peu fréquentées, sans erreur de parcours, mais les commerces dans les villages, les bourgs sont rares ainsi :
Lundi pas un seul bar ouvert pour manger les sandwichs préparés,
Mardi dans le secteur de Vendôme après des recherches infructueuses, je trouve enfin une épicerie cachée dans le recoin d’un village où j’achète un sandwich sous vide « marque Donat fabriqué à Guingamp » !!
Mercredi un Food Truck sur la place du bourg OUF mais il ne reste plus que des moules, la boulangerie est fermée. Des ados m’indiquent un local où je peux acheter une pizza que je mange sur un banc public sous des gouttes de pluie.

Réaliser une traversée (partielle) de La France permet de se rendre compte des disparités, diversités géographiques, architecturales, agricoles…. de notre pays dont les rivières et fleuves sont les limites (Mayenne, Loire, L’Yonne, Saône, l’Ain)

Tout d’abord, la façade maritime avec la ville de St Malo (son port, l’intra Muras), puis la baie du mont St-Michel que j’ai longée sur 30 km (quelle chance de parcourir ce site que des étrangers des cinq continents viennent visiter) – zone légumineuse avant d’entrer dans un secteur normand chargé d’histoires (les cimetières militaires en sont la preuve).

Le bocage mayennais/sarthois avec quelques bourgades classées plus beaux villages de France comme Ste Suzanne, Montmirail, Mondoubleau.

Le château de Chambord

Les bords de Loire avec ses maisons et châteaux en tuffeau avant de pénétrer dans la forêt de Chambord (domaine national) – magnifique. S’en suit une traversée de la forêt solognote où je peux facilement imaginer les grandes chasses d’antan. Les maisons typiques solognote sont vraiment caractéristiques – dépaysement.

Mais pourquoi ai-je choisi des lieux d’étape au creux de vallons. Le lendemain, dès le départ, il me faut monter 5 voir 10 kilomètres. Ainsi après Aubigny/Nère (au centre historique intéressant avec de jolies maisons à colombage) j’ai le temps de découvrir une forêt dans laquelle des arbres ont été choisis pour reconstituer la charpente de N D de Paris. De même, après Autun (ville gallo-romaine), j’accède aux coteaux du maçonnais.

Souvigny

J’ai découvert Sancerre et ses vignes depuis un plateau surplombant cette ville nichée sur les bords de Loire. Cette cité semble vivre uniquement par son activité viticole.

Ah le massif du Morvan !!! qui veut passer des vacances tranquilles au vert c’est le lieu idéal dans les forêts et entre les lacs dont celui des Settons. Ici la saison a été également pluvieuse car les fossés sont plutôt des petits torrents.

Je constate que je suis arrivé dans les premiers contreforts du Jura car les vaches portent des clarines, les grandes habitations sont du type montagnarde en bois et puis les routes sont en lacets. Je ne reconnais pas la route d’accès à St-Claude (capitale de la pipe), elle a été modernisée, élargie mais les pentes sont raides en cette fin de journée.

Saint-Claude

Quelle belle montée vers les domaines skiables jurassiens avec pour récompense au col de La Faucille un panorama sur La Suisse, le lac Léman et Genève.

Le vélo chargé, la plaque de cadre, le carnet de route à valider chez les commerçants attirent la curiosité :
En prenant le café de départ à St-Malo ce lundi, les serveurs sont stupéfaits d’apprendre que vendredi je piqueniquerai à midi sur les bords du lac Léman à Genève,
La jeune boulangère de Montmirail ne connait pas Genève !!!,
A Chambord je ne passe pas inaperçu, des touristes me propose de me photographier devant le château,
A Sancerre (18), à Buxy (71), les commerçants se renseignent sur mon itinéraire,

Ma chaîne couinait dans les premiers contreforts du Jura. La pluie l’avait délavée mais point de garage automobile dans les bourgs traversés. Je demande à un retraité, qui s’affairait auprès de sa voiture, s’il ne pouvait me dépanner. 1mn plus tard il revient avec une burette d’huile qui s’avère être de l’huile de tracteur bien grasse. Alors qu’il huilait ma chaîne, j’ai le droit de lui relater ma randonnée.

Le col de la Faucille

Alors que je dégustais un chocolat accompagné d’une tarte aux myrtilles au sommet du col de La Faucille (rituel à l’arrivée d’une Mer Montagne) grand sourire aux lèvres, fier de mon périple, deux clients m’ont abordé au sujet de celui-ci qui me réjouissait tant.

Au retour en gare de Lyon, un habitant m’informe qu’il a séjourné récemment au camping à Pontivy lors d’un voyage à vélo en totale autonomie.

Toujours dans le train du retour, un jeune cycliste m’interroge sur l’organisation d’un tel périple (matériel, rechange, entraînement ,…) une discussion de 2 heures. Il voulait avoir un maximum de renseignements, conseils auprès d’un cyclo expérimenté car un Paris Brest Paris (ou autre raid de ce genre) le tente vraiment.

Le fait, l’exception qui confirme la règle : même pas le bonjour de la cycliste qui me double alors qu’elle roule roue avant collée à la moto qui lui sert de derny.

Genève

Qu’ils furent agréables les moments sur un banc public face au jet d’eau du lac Léman après 1000 km accomplis en solitaire et en 100 h. J’y suis arrivé avec ¼ h de retard sur mon tableau de marche !!!!!!! Quel fossé entre ces genevois déambulant dans l’heure de midi sur l’esplanade du lac Léman et les villageois de bourgades perdues dans en France profonde.

Jean-Yves